Changement de crèmerie

Après une bonne nuit, je suis opérationnelle dès 5 h du mat. J’en profite pour rattraper un peu le retard du blog avant le petit déj. L’eau du thé est froide et il n’y a même pas de pain : je ne suis visiblement pas la seule indésirable priée de dégager pour laisser la place à des clients plus rentables… Côté hospitalité et sens du commerce, on fait mieux !

Centre Lalesh où je récupère des infos sur les photos en attendant Shivan qui devrait arriver vers 15 h : en fait, il est là à 13 h. Deux heures d’avance, ici, c’est du jamais vu ! L’après-midi passe à toute vitesse, et ils se mettent à trois pour m’accompagner à la recherche d’un hôtel.

Flingues et alcool interdits

Flingues et alcool interdits

On finit par trouver l’hôtel Corniche (40.000 dinars sans petit déj., ni Internet, ni cafards) qui affiche dès l’entrée les interdictions : alcool, flingues, clopes (là, ils peuvent toujours courir !).  A part les draps douteux, c’est propre et la chambre est assez grande.

Ravitaillement eau et clopes, et resto (6 entrées, soupe, brochettes, coca, eau, thé : 11.000 dinars). Je veux sortir fumer avant un deuxième thé (offert), mais le patron n’est pas d’accord : c’est interdit de fumer à l’intérieur, mais moi je peux !

Dans le quartier, ils se saluent tous en arabe, mais l’ambiance est plutôt sympa.

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Dodo

Dormi 8 heures, ce qui est exceptionnel, mais je suis complètement HS : je dors trois heures en moyenne par nuit, faut bien rattraper le retard à un moment ou à un autre.

Drapeaux kurdes

Drapeaux kurdes

Sieste après le petit déj.  La faim et le manque de nicotine se liguent pour me pousser dehors, mais j’aurais bien joué les prolongations. Dans les rues, ils sont en train d’installer des milliers de petits drapeaux du Kurdistan et du PDK. Après demain, c’est la célébration du début du soulèvement Barzani qui mènera des années plus tard à la libération du Kurdistan : à chacun son 11 septembre !

La patronne m’explique que je dois partir demain (elle espère louer la chambre à l’occasion des festivités) et pour que je comprenne bien, elle insiste que demain Duhok, c’est terminé. Je veux bien lui laisser ses cafards (il y en a aussi dans la chambre, ce qui m’oblige à laisser fermés tous les sacs), mais pour le reste je suis très claire : qu’elle se mêle de ce qui la regarde !

Internet rame, mais de toutes façons, je suis trop naze pour avoir l’énergie de surfer : à peine le temps de lire le gentil SMS du guide du musée d’Erbil qui me demande de me souvenir de lui, et s’excuse pour son anglais pourtant meilleur que le mien… je m’endors en me promettant de le rassurer dès demain.

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Bavian Khenis

Bas-relief assyrien

Bas-relief assyrien

Le chauffeur qui passe me prendre est le même qui nous avait amenées ici il y a trois ans. Il parle kurde et arabe  comme  tout le monde dans la région, mais pas un mot d’anglais, de français ou de turc. On arrive quand même à communiquer sur l’essentiel et à se mettre d’accord pour appeler Shivan quand c’est plus compliqué. Là, il ne voit pas trop ce qui m’intéresse à Khenis, mais une fois que notre interprète commun lui a expliqué, il prend les choses en main.

Khenis en fait, c’est le nom local pour Bavian, où Sennacherib, le roi assyrien,  a fait graver des inscriptions cunéiformes et de grands bas-reliefs. J’avais prévu de faire un tour rapide, mais le site est grand, pour aujourd’hui, ce sera un simple repérage. Je note de revenir à une période plus propice, parce que là, c’est la fournaise, en plein soleil, et évidemment ça grimpe !

Inscriptions cunéiformes de Sennacherib

Inscriptions cunéiformes de Sennacherib

Pas vu d’inscriptions (1), et les bas-reliefs sont soit très hauts, soit très effacés. Il faudra aussi que j’explore les grottes une prochaine fois, mais une demi-journée au moins, c’est le minimum. L’entrée est à 1000 dinars symboliques.

Retour au Bircin et ravitaillement rapide à ma cantine habituelle, avant d’exterminer deux cafards dans la salle d’eau et d’aller me coucher.

(1) Pas vu, mais pris !

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Lalesh – En attendant le soleil…

Presque pas dormi, mais fidèle au poste à 4 h. Il fait encore nuit, mais l’aube pointe rapidement. Je sors dans la cour du Temple yézidi dans Lalesh encore endormie : impression de toucher l’éternité…

Entrée du Temple yézidi de Lalesh

Entrée du Temple yézidi de Lalesh

Aux premières lueurs, j’hésite encore entre rester près du Temple en espérant pouvoir photographier les religieux yézidis en prière, ou monter sur les hauteurs pour prendre le Temple de Lalesh sous les premiers rayons de soleil, ce qui est la solution la moins aléatoire.

J’ai pris mes tongs pour la grimpette : c’est encore trop douloureux pour marcher pieds nus, il faudra que je pense à régler le problème pour une prochaine fois.

En chemin, je me surprends à enjamber les seuils, tous les seuils, avec une aisance et une désinvolture à faire pâlir d’envie… euh, n’importe quel apprenti enjambeur de seuils ! Ça va me rester ça, déjà qu’avant de partir j’ai enjambé le seuil des toilettes…

Je photographie quelques symboles sur des pierres qui ont été réemployés dans la construction de petites maisons, après l’une des destructions du Temple qui  a été rebâti plusieurs fois, la dernière en 1985, avec en partie des pierres qui avaient été cachées pendant les persécutions.

Temple yézidi de Lalesh au lever du soleil

Temple yézidi de Lalesh au lever du soleil

Ça me prend un peu de temps pour trouver l’endroit idéal, mais j’y suis avant les premiers rayons de soleil pour un mitraillage en règle et quelques photos panoramiques de Lalesh et principalement de son Temple.

En redescendant, je croise plusieurs fidèles dont le parcours semble établi dans tout Lalesh. Il s’agit d’embrasser les endroits sacrés : seuils et chambranles de portes, arbres, tombes, côtés de niches où sont allumées le soir des petites lumières… Leur respect des lieux saints est touchant, et pas plus absurde que d’embrasser des icônes ou la bague d’un évêque.

Je craignais d’être un peu intrusive avec mes appareils, mais visiblement, je suis adoptée : plusieurs femmes intègrent dans leurs dévotions matinales un arrêt photo, avec beaucoup de gentillesse…

Quand je redescends, je suis invitée par mes hôtes à partager leur petit déj., puis un café au lait, la prêtresse d’Allemagne n’ayant pas renoncé à cette agréable habitude pendant son séjour ici.

Fakir yézidi en prière - Temple de Lalesh

Fakir yézidi en prière – Temple de Lalesh

Je profite d’une courte visite de Babé Cawich (çawish) pour prendre une ou deux photos du plus haut religieux du village sacré yézidi, dans son costume qui a traversé les siècles. Le responsable de Lalesh passe sa vie ici et ne sort jamais du lieu saint.

J’ai des nouvelles de Luqman en milieu de matinée, mais c’est pour apprendre qu’il a perdu sa mère ce matin. Je ne le reverrai probablement pas avant mon départ de Duhok et mon anglais est trop défaillant pour lui présenter mes condoléances et le remercier de son aide par téléphone. Heureusement, j’ai son email comme celui de tous les Yézidis à qui j’ai parlé cinq minutes… et qui ont un email.

Shivan m’a trouvé un chauffeur pour 15 heures. Je profite du temps qui me reste pour faire mes adieux à mes hôtes et compléter les photos.

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Une soirée à Lalesh

Luqman me laisse, mais on doit se revoir demain. Le gardien des lieux qui vit ici avec sa famille vient me voir avec sa petite Julian, une pitchounette très gracieuse. Je la prends  quelques secondes en vidéo pour l’intégrer dans un montage, sous le regard ravi de son père. Lui, je l’avais déjà en photo, il nous avait suivies il y a trois ans pendant toute la visite du Temple yézidi, pour s’assurer que je m’aspergeai bien de l’eau de la source Zem Zem.

Il revient apporter un repas à un Yézidi d’un certain âge, et m’invite à le suivre : toute sa famille m’attend de pied ferme devant un grand plateau repas. Il y a aussi une prêtresse (Sheikh ou Pir), habillée tout en blanc, qui vit en Allemagne. Elle fume autant que moi, et vérifie que j’ai bien toujours un cendrier à disposition : entre fumeuses, on se comprend.

Balai de branchages - Lalesh

Balai de branchages – Lalesh

Je vais partager la pièce où elle dort, personne ici n’ayant jamais envisagé de me laisser  seule dans le grand salon de réception. Elle me montre un pendentif en forme de soleil fait à Lalesh et m’explique que le costume qu’elle porte est réservé aux religieux. Son mail commence par «Mimi» qui veut dire «Mama», donc elle doit porter le titre de Mère.

Quand je sors de l’enceinte du temple de Lalesh, il fait pratiquement nuit, et des petites lumières ont été allumées un peu partout.  Il reste quelques familles qui rangent leur nécessaire à pique-nique avant de partir, et qui prétendent toutes m’embarquer chez elles à Sheikhan : j’ai du mal à leur faire comprendre que je tiens vraiment à dormir ici.

Tout le site a été balayé tout à l’heure par une armée efficace et organisée, équipée de balais sans manche confectionnés avec des branchages. Le sol est encore tiède et pourrait être agréable si je n’avais pas la plante des pieds cramée : là, le moindre pas est un supplice.

Pas sommeil, mais il faut que je me lève à 4 h du mat. si je veux prendre le Temple au lever du jour.

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Sont fous ces Yézidis !

Retour au salon de réception où nous attend un grand plateau pour le déjeuner.  Un troisième convive se joint à nous, et refuse énergiquement qu’on me laisse dormir ici à Lalesh. Je ne sais pas qui c’est, mais Luqman me fait discrètement signe que c’est loupé.

Famille yézidie à Lalesh

Famille yézidie à Lalesh

J’ai intérêt à accélérer la cadence côté photos, parce que pensant que j’avais tout le temps nécessaire, j’ai évidemment trainaillé.

Si c’était agréable au printemps de marcher pieds nus ici à Lalesh, en été c’est une véritable torture. Le sol est brulant, même à l’ombre depuis des heures, et ça devient de plus en plus pénible.

C’est vendredi donc jour de repos, et il y a un monde fou. Impossible de faire quelque chose de correct : tout le monde m’appelle pour prendre le thé et manger.

Yézidie - Lalesh

Yézidie – Lalesh

Les gamines s’encouragent entre elles pour m’approcher, et disent toujours oui quand je propose une photo… sauf qu’elles ne veulent pas que j’en prenne d’elles, elles veulent en prendre de moi. Elles sont relayées par leurs frères et cousins, pères et mères, oncles, tantes, grands parents… ça n’en finit pas : je frémis en pensant à leur Facebook, vu qu’en photo, je fais carrément bovine !

Quand j’arrive à faire un portrait, ils tiennent à poser, ce qui ne donne jamais un résultat naturel.

Je rejoins Luqman qui vient de me téléphoner pour savoir où je suis passée. Il veut me présenter à l’une de ses élèves (il est prof d’économie), une jeune Sheikh de 18 ans, qui meurt d’envie de me parler, mais n’ose pas m’approcher.

Elle est adorable et me présente à ses amis, voisins, et à une partie de sa famille. Elle rêve de devenir prof d’anglais, et est aux anges de pouvoir discuter avec moi, et me demande de venir dormir chez elle.

C’est plein de jolies Yézidies et j’enrage de ne rien avoir pu faire de bon jusqu’ici, d’autant qu’il me reste peu de temps avant la tombée du jour, quand je recroise le convive du déjeuner. Il se dirige droit vers moi volubile en m’expliquant que si je veux dormir à Lalesh, et bien je dors à Lalesh, non mais ! L’air outré qu’on puisse m’en empêcher. Luqman, qui était prêt à m’embarquer avec lui à Sheikhan, me fait signe que cette fois c’est bon…

Cour du Temple yézidi de Lalesh

Cour du Temple yézidi de Lalesh

Il tient à me rassurer, pour le cas où un doute m’aurait effleurée : on va me donner à manger ce soir, et aussi un petit déj. demain matin. Avec ce que j’ai avalé aujourd’hui, je pourrais tenir un siège, mais je ne compte pas sur les Yézidis pour m’aider à maigrir !

En attendant, je peux m’installer dans le salon de réception. C’est immense, il y a plein de prises de courant, mais aucun adaptateur pour recharger les batteries des boitiers. J’en ai bien pris un, mais je me suis plantée de modèle, et mon dernier Sony épuise mes réserves à une vitesse prodigieuse, ce qui va me poser un problème demain.

Luqman m’explique comment utiliser les prises disponibles, sans bousiller mes câbles. En fait, il suffit d’introduire un objet (de préférence non métallique) dans le trou du haut, pour écarter les deux fiches du bas : je comprends mieux pourquoi j’ai souvent vu des bâtonnets de glace dans les prises, mais pas pourquoi personne ne m’a expliqué comment faire quand je demandais un adaptateur : depuis 2005, ils ont tous été me chercher un adaptateur !

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