Bonjour Erbil… au revoir Erbil !

Aucune idée du temps dont je dispose avant de retrouver Shivan et Rezan. Comme ils peuvent aussi bien appeler à 11 h qu’à 16 h, je décide de ne pas trop m’éloigner pour pouvoir récupérer mes sacs assez vite.

En attendant, je les laisse à la réception où je dois rappeler que je leur dois aussi le prix du taxi d’hier qu’ils oublient évidemment de me réclamer.

Artisans

Artisans

Un tour sur la place aux jets d’eau pour tester le trépied de voyage que j’ai emporté histoire d’avoir encore un peu plus de matériel à trimballer : j’aurais mieux fait de l’essayer avant, parce que là, j’ai l’air parfaitement stupide à bidouiller les petites manettes et les vis qui sont censées tenir l’appareil droit et à la bonne hauteur. Devant l’attroupement qui se forme autour de moi, je préfère remballer mon installation bancale avant de perdre toute crédibilité, d’autant que ça me prend plus de 10 mn pour comprendre comment replier ce put*&# de trépied.

Resto : là ça va, j’assure ! Mon portable sonne : interlocuteur inconnu mais qui insiste. Il se fout visiblement de notre absence complète de vocabulaire commun, veut juste que je lui cause… et rappellera plus de 20 fois dans la journée, et les suivantes !

Deux jolies jeunes femmes veulent savoir si je suis photographe et me demandent la permission de me prendre en photo avec elles avant de partir, sans attendre que je puisse en faire autant, mais on a échangé nos Facebook. Dommage, pour une fois que je croise des jolies nanas pas déguisées en musulmanes de choc à Erbil.

J’hésite à monter à la citadelle, mais comme j’ai peut-être plusieurs heures devant moi, j’entame quand même l’ascension. Il y a de gros blocs de béton devant l’entrée, mais on peut passer par le chemin à gauche. Cinq minutes d’arrêt pour reprendre mon souffle et monter les objectifs : c’est évidemment le moment que choisit Shivan pour appeler ! Rendez-vous au garage dans une demi-heure vu qu’ils ne retrouvent plus leur chauffeur. Sprint pour redescendre, ranger le matos, récupérer les sacs, trouver un taxi… et attendre !

Personne ne comprends évidemment pourquoi je refuse le premier taxi, puis le deuxième et les suivants, mais ils finissent par admettre que j’ai décidé de venir glandouiller ici avec mes sacs, donc on m’installe une chaise en veillant à ce que je ne manque pas d’eau, de clopes, de thé, de gâteaux, de chewing gum, de bonbons…

Heureusement, Shivan et Rezan finissent par arriver… avec le chauffeur le plus dingue d’Erbil ! Un vrai malade qui va passer trois heures à rouler à fond en klaxonnant,  en insultant, et en faisant des queues de poisson à toutes les voitures qui ont l’audace d’être devant lui.

Mon mystérieux correspondant continue à appeler : je lui passe Shivan, mais il ne veut pas lui causer. Après plusieurs tentatives, Shivan m’annonce que je vais être tranquille, il ne va plus oser m’ennuyer… exact, j’ai la paix pendant pratiquement une heure !

En voyant la photo de ma chère Sheikh qui est en écran d’accueil sur mon portable. Shivan veut savoir qui c’est, avant de constater qu’elle est trop Sheikh pour lui !

Il m’accompagne au Bircin pour m’aider à porter les sacs et expliquer mon cas à l’accueil. Le réceptionniste ne voit pas où c’est marqué Roxane sur mon passeport, mais il capitule quand Shivan lui indique l’endroit. Il capitule, mais avec un regard interrogatif dans ma direction : je suis pliée de rire ! Evidemment, pour trouver mon pseudo sur mes papiers, faut avoir de l’imagination… mais mon pote est tellement persuadé que c’est Roxane, qu’il a réussi à lire Roxane !

En Turquie, ça ne pose pas de problème, les Kurdes sont tellement habitués aux pseudos de la guérilla qu’ils trouvent ça normal. Faut juste que je me souvienne à qui j’ai dit quoi. Ici, tout le monde est persuadé que c’est Roxane, et comme j’adore leurs tentatives pour prononcer ce truc barbare…

Le réceptionniste m’attribue une chambre sans fenêtre, avant de frapper à ma porte pour me faire déménager dans une plus grande avec fenêtres cette fois, et cafards : ici, c’est comme d’hab., cafards ou pas de fenêtre…

Mersin tantuni

Mon fastfood habituel

Mon fournisseur de clopes (2.250 dinars contre 3.500 à Erbil) en face est ravi de me revoir et tient à ce que j’emporte des bonbons.

Fin de journée à mon fast-food habituel où tout le monde défile pour me parler. Comme ils sont tous Kurdes, de Syrie ou de Turquie, ça fait une bonne révision de turc !

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CDG – Erbil

Queue à l’enregistrement, mais je passe la première, étant l’une des rares passagères à savoir que les bornes voyantes de Lufthansa,  c’est pas juste pour faire joli, ça sert aussi à retirer ses cartes d’embarquement.

La préposée derrière le comptoir ne sait pas si elle peut enregistrer mes bagages, mais ne croit pas, faut attendre sa responsable qui n’a pas plus entendu parler du Kurdistan, et m’explique qu’il faut un visa pour l’Irak.

Dialogue de sourdes :

– «Le Kurdistan n’est pas l’Irak, on peut obtenir un visa sur place.»

– «Ce n’est pas en Irak ?»

– « Si, mais ce n’est pas l’Irak.»

Elles consultent leur manuel sur écran : effectivement, c’est visa OU sur place.  J’insiste sur le OU dont l’interprétation leur pose problème, passeport et ses multiples tampons kurdes à l’appui… Putain, c’est pas du juridique là, c’est du français ! Et franchement, les cours niveau primaire à 4 h 30 du mat…

Veulent savoir si après Erbil je compte aller ailleurs : non mais, de quoi je me mêle ? En quoi une employée d’ADP ou de Lufthansa  a autorité pour délivrer des permis de séjour dans un pays étranger ??? Je suis en règle pour sortir de France, après c’est mon problème et celui du pays où je me rends, mais pas celui de la France et encore moins celui d’un employé d’une société commerciale ! Je me retiens pour ne pas leur voler dans les plumes et leur jure que l’Irak, non, très peu pour moi, hein ma brave dame, avec tout ce qu’on entend à la télé…

Elles consentent enfin à prendre le OU pour ce qu’il est, mais c’est limite. La prochaine fois, je demande un papier du GRK… en sorani !

Eau à CDG : 2,20 € les 50 cl. 1 € de plus à Francfort : bonjour l’arnaque !

J’ai largement le temps de faire une pause dans le local fumeurs, assez grand et confortable pour une fois, et contrairement aux escales viennoises, ici, je reste dans la zone de transit et ils ne contrôlent que les passeports, ce qui m’évite la galère d’avoir à re-ranger tout le matériel photo.

10 mn de retard à l’arrivée, mais passage ultra rapide de la douane, et ils ne scannent plus les empreintes digitales.

Change et bureau d’information touristique toujours fermés, et le distributeur automatique recrache dédaigneusement ma carte en me demandant de contacter ma banque : mais pourquoi ai-je eu la brillante idée de changer mes dinars en Turquie la dernière fois ?

Le taxi ne veut pas perdre de temps dans les embouteillages à chercher un bureau de change et prétend qu’il n’y a aucun problème à s’arranger avec l’hôtel : parfaitement exact ! Je suis accueillie plus que cordialement à l’Almas où le réceptionniste paie directement le chauffeur qu’il s’empresse de dégager.

A part les jeunes Yézidis qui travaillaient ici pendant leurs vacances, l’équipe est au complet. Le prix de la chambre a baissé : 65000 dinars, soit environ 40 €, ce qui est très correct pour Erbil.

Exposition de peinture - Erbil

Exposition de peinture – Erbil

La nouvelle place au pied de la citadelle est une vraie réussite avec sa végétation et ses jets d’eau. Des petits commerces et des artisans se sont installés autour, et l’ambiance y est super agréable, à la fois animée et nonchalante.  J’en profite pour prendre un bain de Kurdes, même si je ne passe pas inaperçue : en fait, je suis l’attraction de la soirée… ce qui n’empêche pas un crétin de me proposer de le suivre : pas 10 mn que je suis là !

Change au bazar : 160.000 dinars pour 100 €, et coup de fil à Shivan pour lui confirmer que je suis bien arrivée. Ça tombe bien, il vient demain à Erbil pour régler son problème d’équivalence de diplôme au Ministère de l’éducation. On rentrera ensemble à Duhok avec l’un de ses amis qui est aussi à Erbil.

Coup de fil d’un numéro non identifié par mon portable 5 mn après : c’est l’ami qui veut que je le contacte si j’ai besoin de quoique ce soit, d’aide par exemple. Je le connais, on s’est déjà vu : il attend visiblement que je me souvienne de son prénom, mais la dernière fois, j’ai juste rencontré quelques centaines de Yézidis. Parait que j’ai envoyé sa photo… ouais, j’en ai envoyé plein des photos !

Seul indice, il parle anglais. Ce n’est pas Luqman, il m’aurait appelée Kéni, ni Yusif qui aurait dit «my friend », Hassan aurait bougonné que je devais venir tout de suite à la maison… Vu que ça a l’air important, je pioche au pif l’un des premiers prénoms qui me reviennent : Rezan. Gagné ! J’ai passé le test avec succès (et surtout beaucoup de bol), mais si ça peut leur faire plaisir que je les reconnaisse immédiatement au téléphone…

Pas dormi la nuit dernière, je suis complètement naze à 8 h du soir, mais impossible de dormir…

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Mahat

Sheikh Sheerin et Sheikh Hassan

Sheikh Sheerin et Sheikh Hassan

Après le (copieux) petit déj., Sheikh Hassan me demande de photographier sa femme qui, me confie-t-il, est très belle et fume deux paquets de cigarettes par jour, mais elle est libre, me précise-t-il…

En quelques jours, j’ai beaucoup entendu cette phrase chez les Yézidis : Tu es libre, ils sont libres, elle est libre…

Pendant que j’y suis, je photographie tout le monde : Sheikh Hassan (qui est prof. et fermier), Sheikh Sheerin (sa femme), Sheikh Cihan (la sœur de Chère Sheikh), Sheikh Jiyan (Chère Sheikh), Sherif (un enseignant), Ido (un cousin), et une voisine (Murid) qui a fait une teinture et s’est maquillée exprès pour moi.

Avec les filles, nous faisons un tour du village avant de déjeuner, et avant que les Sheikhs Hassan et Chère me raccompagnent à Duhok.

Luqman a demandé que je passe 5 mn pour lui dire au revoir à Sheikhan. Finalement, après avoir pris la pose pour la millième fois de la semaine, on l’embarque avec nous au Centre Lalesh.

Yusif qui ne comprenait pas ce qu’était une panoramique est scié des photos du meeting PDK et de celles de Neçirvan : doit toujours se demander comment je peux être partout à la fois.

Il me donne une vidéo avec des chants religieux yézidis pour que je récupère la bande son, et tient à me raccompagner à l’hôtel.

Shivan

Shivan

Je sais qu’il y a des bus pour la Turquie, et TOUS mes contacts ici m’ont promis de téléphoner à l’agence, de me noter l’adresse en kurde, de m’y accompagner… et ont tous mystérieusement oublié : ils sont capables de m’organiser n’importe quoi, mais dès qu’on parle départ, tout le monde devient amnésique !

Heureusement, Shivan, qui s’est montré un organisateur et un assistant adorable et plus que parfait, vient à la rescousse et se débrouille au téléphone  avec mon chauffeur attitré. Sa principale mission du jour étant de lui soutirer un juste prix, vu que je le soupçonne de ne pas pratiquer le tarif syndical : la dernière fois à Sheikhan, j’ai dû faire le forcing pour qu’il accepte que je le paie !

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Ma Chère Sheikh

Jeunes Yézidis

Jeunes garçons yézidis

Mahat est une petite ville (ou un grand village) récente, sans végétation qui la rendrait supportable en cette saison. Chaque famille entretient un minuscule jardinet dont le vert tranche dans ce paysage de désert poussiéreux.

Tous les voisins, amis, cousins et murids de la famille de Sheikh Hassan viennent m’accueillir, chacun tentant de m’attirer chez lui, mais c’est Jiyan qui choisit qui, quand et combien de temps. Elle m’entraine d’abord chez ses tantes et sa grand-mère, où après le thé, on me propose une douche.

Prière dans une chapelle privée

Prière dans une chapelle privée

En fait, chaque maison ayant un avantage, je peux prendre ma douche dans celle qui a la plus belle salle d’eau, manger chez la meilleure cuisinière, faire la sieste dans le plus beau salon… Si je dois changer de maison à chaque fois que je fais quelque chose, je risque de ne pas m’en sortir et de froisser certaines susceptibilités, donc comme je dors chez Jiyan, je fais tout chez elle, et on sortira pour les visites qu’elle jugera nécessaires. Ça lui convient parfaitement, et ça m’évite les impairs !

Les femmes veulent savoir si mes cheveux sont naturels ou teints : la couleur leur plait et elles se demandent comment je fais pour ne pas avoir de cheveux blancs, ni de rides, alors que je prétends avoir 47 ans et que mon passeport confirme. Certaines sont carrément sous le charme, alors que côté jolies filles, il y en a plus d’une ici, avec en plus des yeux magnifiques ! Le charme de l’exotisme peut-être ?

Un oncle de Jiyan me conduit au cimetière, où il y a un petit mausolée, réplique du temple de Lalesh, et un Pir qui y vit et ne se fait pas prier pour me montrer tout ce que je veux voir et pour se laisser prendre en photo.

Cimetière de Mahat

Cimetière yézidi de Mahat

Sheikh Hassan et sa femme veulent savoir ce que je veux manger, mais veulent que je veuille du spécial : je suis à court d’idées, perso le poulet me va très bien !

Ils savent que les Français boivent, et comme ils me proposent tout un tas d’alcools, je cède pour une bière : sont contents de me montrer qu’ici, on trouve de tout. L’alcool n’est pas interdit aux Yézidis, même si dans les faits ils en consomment très peu, et sans avoir à se planquer !

Chère Sheikh

Ma chère Sheikh

Après le dîner, Sheikh Hassan me demande de lui donner les noms français de tout un tas de choses : longue crise de fou rire aux premiers essais de part et d’autre. Il y a des mots qu’ils sont incapables de prononcer, et mes tentatives en kurde les amuse tout autant.

Ils veulent aussi savoir si je suis chrétienne : Non ! Musulmane ? Non plus ! Bouddhiste ? Pas davantage…  Ils ne comprennent pas Athée que je finis par traduire Rien ! Ça les enchante, parce qu’en fait, rien ne s’oppose à ce que je devienne Yézidie… OK, mais je choisis mon Sheikh, ou plutôt ma Sheikh, et rebaptise aussitôt Jiyan «ma Chère Sheikh» en lui expliquant l’homonymie des deux mots…

N’ayant pas encore de Pir, je décide que pour l’instant, je suis à moitié Yézidie. «On nait Yézidi, on ne le devient pas» : voilà encore une des élucubrations sur les Yézidis mise à mal ! Rien ne s’opposait avant les persécutions maintenant millénaires à des conversions. Seule la situation et le besoin de se protéger ont rendu nécessaire un strict cloisonnement vis-à-vis de l’extérieur, mais aussi au sein des castes.

Jeune garçon yézidi

Jeune garçon yézidi

Si aujourd’hui n’importe qui évidemment ne peut pas devenir Yézidi, les persécutions existent malheureusement toujours, une adoption (plus qu’une conversion) parait parfaitement envisageable … et ici, dans mon cas, parfaitement naturelle.

Après le dîner, ma Chère Sheikh, consent à me partager un peu avec ses voisins, mais je suis sous bonne garde : avant de rentrer dans chaque maison, elle m’indique pour chaque famille le temps imparti. 5 mn ici, 10 mn chez des plus proches, c’est en fonction de la position familiale, de la caste… et des affinités de Chère Sheikh. Évidemment, à son grand agacement, ça ne se passe pas vraiment comme prévu : entre les plateaux de fruits et de thé, son timing est plus que largement dépassé, mais vu les protestations énergiques, je ne me vois pas leur fausser compagnie au bout de 5 mn !

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Kéni, le retour !

Pas d’hôtel à Sheikhan, je n’y passerai donc que la journée, mais au dernier moment je prends le minimum vital (brosse à dents, dentifrice, échantillons de crème et lingettes en tous genres…). Ça ne m’est encore jamais arrivé, mais une intuition de dernière minute me souffle que je risque de ne pas m’en sortir aussi facilement que d’habitude.

Mon chauffeur attitré, qui avait fixé l’heure lui-même, arrive avec une demi-heure d’avance. Voilà, c’est officiel, les Yézidis ont décidé de rompre avec la coutume locale du retard chronique, dorénavant, ils seront les premiers aux rendez-vous !

Beaucoup d’immeubles ont été construits près de Duhok en trois ans, et il y a beaucoup de chantiers en cours.

Je descends dans le centre ville de Sheikhan que je n’avais qu’au téléobjectif depuis le cimetière yézidi : ouais, ben c’est mieux au télé, sur place il n’y a pas grand-chose à part un soleil écrasant.

Arrêt dans un petit resto pour téléphoner à Sheikh Hassan qui doit habiter dans le coin. Après plusieurs tentatives pour lui passer quelqu’un susceptible de lui indiquer où je suis exactement, on m’explique qu’il est à Lalesh et qu’il vient me chercher tout de suite.

Petit sandwich döner et thé en l’attendant (à peine 1,50 €). Il y a plusieurs pères de famille avec leurs enfants : ici, les hommes s’occupent beaucoup des petits.

Sheikh Hassan débarque au bout d’un moment et ronchonne qu’il me trouve au resto, alors qu’on doit manger à Lalesh : avec eux, j’aurais effectivement pu penser qu’on allait manger ! Par contre pour Lalesh, je n’avais pas consulté ma boule de cristal, mais ça explique l’attente, Lalesh étant situé à une vingtaine de minutes de Sheikhan.

Il me demande où est mon ami(e) pour l’embarquer aussi et met un peu de temps à comprendre que je suis venue seule et que je n’ai pas fait attendre mon chauffeur. Ça les épate toujours tous ici que je voyage sans escorte.

Arrivés à Lalesh, nous montons dans l’une de ces petites constructions où brule souvent une lampe à huile. En fait, c’est le coin réservé de Sheikh Hassan et de sa famille (une branche de la famille du prince des Yézidis si j’ai bien compris).

Je suis accueillie par des «Kéni, Kéni !» joyeux et priée de m’assoir immédiatement pour manger. Jiyan surveille mon assiette et tente d’y glisser d’énormes morceaux de viande dès que je la quitte des yeux : la bataille est serrée, mais j’arrive à la gagner pour ne pas avoir à engloutir plusieurs portions d’affilée.

Quelques photos après le repas pendant que les femmes dansent, puis Jiyan m’entraine plus loin, puis plus loin, puis plus loin : trop de monde à Lalesh avec qui me partager à son goût…

"Baptème" - Kanya spi

« Baptème » – Kanya spi – Lalesh

Il y a un peu moins de monde que la dernière fois, et elle tient à m’attirer dans un coin tranquille, près de Kanya spi, la source blanche. Raté ! Il y a plusieurs «baptêmes» et des familles en liesse. Les enfants sont habillés en petites princesses et en petits princes et n’ont pas l’air de trop apprécier la cérémonie en leur honneur.

Le lieu sacré est tellement minuscule et la foule tellement nombreuse que je n’arrive à prendre les petits Yézidis qu’à travers les écrans des portables.

Petit prince yézidi - Lalesh

Petit prince yézidi – Lalesh

Côté photos, je suis frustrée : pas encore réussi LA photo qui me tiendra compagnie en attendant le prochain voyage et qui doit obligatoirement être un portrait. Pas encore eu l’instant d’échange idéal, la fraction de seconde de connivence (à moi de me débrouiller pour la choper), le cadeau d’un regard et d’un moment partagé (sans pose)… dans la bonne lumière !

J’ai bien fait une série de trois de Pir Saït, mais elles sont inexplicablement floues… ce qui ne m’arrive pratiquement jamais !

Des jeunes femmes yézidies viennent me dire qu’elles me trouvent belle (je ne sais pas quoi, mais j’ai un truc qui leur plait), sous le regard passablement énervé de Jiyan…

Je regarde le collier de l’une d’elles pour vérifier s’il n’y a pas une photo à faire (je collectionne les motifs typiquement yézidis) quand elle l’enlève immédiatement pour me l’offrir ! J’ai toutes les peines du monde à refuser sans la vexer… ne jamais ici montrer un intérêt quelconque pour un objet, sous peine de prendre le risque qu’on vous l’apporte sur un plateau !

Jeune femme yézidie à Lalesh

Jeune femme yézidie à Lalesh

Ma garde rapprochée m’entraîne dans la cour du Temple pour y trouver un peu de solitude… qu’elle croit !

Chic, Pir Saït est là, toujours aussi magnifique dans son costume de serviteur du Temple. Enfin, chic rapide, je ne sais pas comment il se débrouille, mais il apparait et disparait toujours aussi subitement, ou s’arrange pour être dans l’ombre, de dos, derrière un grillage… ou flou !

Il m’invite à entrer chez Babé Cawich (en interview avec un journaliste kurde)… et sort. En fait, c’est juste pour que je profite de la clim et que je rage une nouvelle fois sur une hypothétique bonne photo !

Quand je ressors (la clim à fond pour attraper la crève, il n’y a pas mieux), il est dans la cour avec plusieurs femmes et leurs enfants qu’il «bénit». Bref regard pour vérifier que je suis bien sur le balcon avec mes appareils… côté documentaire, ça va, j’ai, mais je n’ai toujours pas MA photo !

On repart avec Jiyan qui trouve qu’il y a quand même un peu trop de Yézidis dans le coin, et ne comprend pas pourquoi ça me fait marrer.

Plusieurs Yézidis viennent me voir pour m’expliquer que Kéni, c’est quelque chose de très beau et que ça me va très bien… de beau et de petit ironise ma jeune compagne. En gros, ça doit vouloir dire quelque chose comme «mignonne petite chose» ou «la rieuse» d’après Shivan.

Si la deuxième traduction est la bonne, c’est plutôt marrant : j’ai choisi Roxane comme pseudo (qui est presque devenu mon premier prénom) en contraction de Roxelane, la Hürrem (la rieuse) de Soliman le Magnifique

Pir Saït - Temple de Lalesh

Pir Saït – Temple de Lalesh

A peine sorties de l’enceinte du Temple, je lève mon télé, dans un réflex presque machinal, juste le temps d’un regard, une fraction de seconde, et ça y est, je l’ai ma photo ! Brève vérification : parfait, et avec le sourire en plus !

Il est pratiquement l’heure de partir, je fais un signe d’au revoir au presque insaisissable Pir Saït (Said), qui plutôt que de disparaitre instantanément comme à son habitude, vient pour un interrogatoire en règle à Jiyan et s’assure que j’ai bien compris que je serai toujours la bienvenue à Lalesh… toujours : ça, c’est pour le cas où j’aurais gobé les élucubrations qui prétendent que les Yézidis craignent le contact prolongé avec des non Yézidis !

En parlant de contacts prolongés prohibés, Sheikh Hassan tient à m’embarquer et bougonne parce que j’ai pris un hôtel à Duhok au lieu de m’installer directement chez lui. Mais qu’est ce qui m’est passé par la tête ? Euh, c’est juste que ce matin, on ne se connaissait pas encore… argument visiblement fallacieux et non recevable pour un Yézidi !

Pour me rattraper, je dois promettre que la prochaine fois je viendrai directement chez-lui-qui-est-chez-moi, pour un mois, six mois, un an…

En attendant, on s’entasse dans la voiture pour aller dormir à Mahat : ils disent tous Sheikhan, mais il faut comprendre la région, pas forcément la ville.

Bilan de la journée : ils sont juste fabuleux ! Avec eux, je me sens bien, dommage, mais va falloir penser à redescendre de mon nuage…

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C’est la fête !

Centre Lalesh pour ne pas changer les bonnes habitudes. Après le déjeuner commun, le chauffeur qui est venu me chercher à Lalesh étant disponible, je lui demande de me conduire au site archéologique près du barrage. Je pourrais prendre un autre taxi pour rentrer, mais visiblement il a prévu de m’accompagner pendant la visite.

Le site n’a pas changé et il y a toujours partout des pancartes «autel du feu». En fait, il n’y a pratiquement que ça à part un «temple d’Anahita», ce qui fait un peu léger côté explications archéologiques, mais bon…

Temple d'Anahita

Temple d’Anahita

En rentrant, je m’installe sur les marches devant l’hôtel pour fumer une clope, quand un Kurde arrive et me tend son portable qui cause français. Une voix un peu intimidée m’explique que ce soir c’est la fête et qu’il faut que j’y aille tout de suite.

Nawroz (c’est son vrai nom) m’embarque dans un taxi pour un stade en périphérie et me donne un drapeau kurde pour que je participe à l’ambiance. A l’entrée, il négocie avec les contrôles pour que je puisse entrer : ils cèdent relativement facilement.

Il y a une foule impressionnante avec des drapeaux PDK, plus nombreux encore que les drapeaux du Kurdistan.

Meeting PDK

Meeting PDK

Je suis Nawroz de près, d’autant qu’il a tenu à s’emparer de mon sac, et m’apprête à suivre le mouvement pour accéder aux gradins, quand mon guide m’entraine… au milieu du stade !

Je comprends mieux les négociations et les questions à l’entrée : en fait, ils voulaient savoir si j’avais une carte de presse. Les photographes locaux m’adoptent sans problème et je suis libre de circuler dans tout le stade, position idéale pour les photos.

Les équipements des photographes locaux vont du simple numérique de poche, au boitier/télé/flash (dommage, j’ai laissé le mien à l’hôtel), mais la plupart n’ont qu’un matériel modeste.

Je passe à Nawroz un boitier réglé sur auto, et lui explique rapidement comment se servir de l’objectif : un stade c’est grand, ça peut toujours servir d’être à deux.

Neçirvan Barzani

Neçirvan Barzani

Je m’attendais à du folklorique, mais en fait c’est un meeting politique avec en vedette Neçirvan Barzani, le premier ministre et futur président du Kurdistan, ici, personne n’en doute.

Visiblement, il est parfaitement dans son élément au milieu de ses milliers de supporters. Dynamique, convaincant, très à l’aise, la relève est assurée pour le clan Barzani : dommage qu’il ne lève pas plus souvent les yeux pendant son discours, il faut mitrailler pour avoir un portrait convenable.

C’est la ruée quand il s’avance sur le tapis rouge. Je laisse Nawroz y participer tout seul, comme il est grand, il a plus de chance que moi de s’imposer pour rapporter une bonne photo, et je vais me poster plus loin sur le parcours.

J’ai failli en avoir une excellente, mais le service de sécurité m’a repoussée une fraction de seconde trop tôt. Nawroz qui était bien placé a malheureusement oublié le seul conseil que je lui avais martelé : pas bouger ! La quasi-totalité de ses photos sont floues.

Petit Kurde

Petit Kurde

Heureusement, au télé j’en ai quand même quelques unes qui sont correctes, et comme j’ai passé une partie de la soirée en RAW + JPEG, Yusif et le journal de Lalesh pourront utiliser quelques clichés d’actualité.

Je ne travaille jamais en JPEG, et j’ai un mal fou ici à leur faire comprendre pourquoi je ne peux pas leur donner les photos immédiatement : RAW, ils ne connaissent pas, et c’est inexploitable sans passer avant par Photoshop.

Nawroz est allé voir le service de sécurité sans me prévenir pour leur expliquer qu’il fallait impérativement que je rencontre Neçirvan pour lui tirer le portrait. Résultat, j’ai droit à un interrogatoire en règle (et en anglais !) pour expliquer le pourquoi du comment… Sauf que je n’ai pas plus de pourquoi que de comment, et pas la moindre envie de rencontrer le Premier ministre dans ces circonstances : les portraits de commande, ce n’est pas mon truc.

Un responsable vient me voir pour m’informer que ce sera possible dans 5 mn et de préparer les questions que je vais lui poser. Le problème c’est que je n’en ai aucune, et aucune disposition non plus pour les salamalecs d’usage. Je ne suis pas contre rencontrer Neçirvan, mais pas comme ça : de toutes façons, je suis incapable de faire un bon portrait sans un minimum d’échange.

Les autres photographes présents donneraient n’importe quoi pour être à ma place, pendant que je cherche comment me sortir de cette embrouille. Je  plains ceux dont c’est le job de cirer les pompes pour approcher des people, ça doit être d’un ennui mortel…

Nawroz et l'équipe du Corniche

Nawroz et l’équipe du Corniche

Nawroz revient à la charge pour expliquer au service de sécurité qu’une photographe française est venue pour voir Neçirvan et qu’elle attend : tout juste s’il ne les engueule pas ! Je profite d’un mouvement de foule pour lui expliquer que je n’y tiens pas tant que ça, que ce sera mieux ailleurs, une autre fois… miracle, malgré notre vocabulaire commun indigent, il arrive à comprendre !

Il comprend d’autant mieux que vu l’heure, il a le temps de m’embarquer au resto.

Soirée très sympa, et j’ai de nouveaux potes : Nawroz, son téléphone qui parle français, et le patron de l’hôtel qui ne veut pas que je sorte pour fumer. Ses affichettes signalant l’interdiction formelle ne me concernent plus !

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