Harran

Route surchauffée pour Harran, dans un dolmush. Tout le monde dit que c’est la pire des heures. C’est vrai, mais on s’habitue. Pas trop touristique finalement. Les petits Arabes profitant des vacances font les guides. La Syrie est a 18 km de là. Harran, c’est vraiment la plaine. Briques séchées au soleil, torchis, tout est couleur de terre.

 

La citadelle est élégante, par contre, comme toutes les constructions omeyyado-ayyoubides. Il y a la porte d’Alep, la porte de Raqqa. Ça devait être une forteresse sur les postes frontières byzantins. J’aime d’ailleurs tous ces petits postes frontières, même les citadelles les plus simples. Elles sont toujours gracieuses et donnent une impression de sérénité, plus que celle d’un bâtiment de guerre.

 

Dans la « Culture House » de Harran, soudain, un groupe de touristes turcs, qui font irrésistiblement penser aux Japonais. Ils envahissent à 30 la maison, essaient tous les foulards, les robes, se font photographier en tenue. Puis le chauffeur du car donne le signal du départ et tout le monde se précipite, affolé, rendant pêle-mêle vêtements aux guides. Ils ressortent, repartent, et le tout n’aura pas duré plus de 20 minutes.

 

Finalement, je craignais que Harran ne fasse zoo humain, mais non. Il y a quelques endroits dans le village à visiter, montrés par les gamins. Celui qui tient les comptes est un vieil Arabe un peu roublard, tout ça est bon enfant. Les habitants ne se montrent guère, il est vrai que nous sommes à l’heure de la sieste.

 

Urfa. Retour à Urfa plutôt craignos. Tout ça parce que les Kurdes ne sont pas foutus d’arriver à l’heure. Nous avions dit au dolmush de revenir à 16h. Naturellement, à 16h30, personne. On ne se voyait pas poireauter dans ce trou de Harran en pleine chaleur. Je savais qu’il y avait un passage régulier de dolmush dans le village. J’avise un type assis sur le pas de sa porte et lui demande. Il fait signe de nous assoir, que le bus va arriver. Puis une voiture passe, avec deux potes à lui. Il les hèle, nous dit qu’ils vont a Urfa. On monte et c’est quand le premier monte aussi a l’arriere avec nous que je me dis : »Merde. Trois contre deux, ça craint. » Surtout qu’il a alors répété plusieurs fois que ça ne nous coûterait rien, donc, c’est que ce n’était pas totalement désintéressé.

 

Il a fallu manoeuvrer sur la route. Roxane a eu la bonne idée de dire qu’une amie fille nous rejoignait dans trois jours et qu’on partirait pour le Nemrut Dagh. Ils ont fait vite l’addition : 3+3, il valait mieux attendre, qu’ils fassent leur choix. On a pris de bon coeur leur numéro de téléphone, en disant que les nôtres ne marchaient pas en Turquie. Et là, je me disais : « A., ne téléphone pas, ne téléphone pas… » Le numéro de l’hôtel qu’on leur a donné avec enthousiasme a paru les chiffonner un peu. Evidemment, les hôteliers sont tres stricts là-dessus. Du coup, ils nous ont lâchées dans la ville et on doit se revoir demain à 18 h, promis (d’ici là on aura filé).

 

Mais bon sang, je sais bien qu’ils pensent que les Européennes sont faciles à sauter, mais quand même ! Leur dire qu’on a 37 ans, des maris, ne marchent absolument pas. Pour eux, un mari qui n’est pas là ne compte pas. Qui va a la chasse perd sa place, quoi. Mais nous avions de drôles d’allures avec nos keffiehs noués n’importe comment, couvertes de poussière, rouges, en sueur. Que faudrait-il faire pour s’enlaidir davantage, être bien répugnantes ? Des cicatrices tribales, nous déguiser en négresses à plateau ? C’est quand même incroyable. Là-bas les meufs m’arrêtent pas de courir apres les mecs pour se faire épouser et les mecs ne rêvent que d’une chose : cavaler ailleurs. Finalement, il n’y a que dans les casernes de Tunceli et les postes de police de Diyarbakir qu’on est en sécurité. Et tout ça parce que les Kurdes ne sont jamais là quand il faut et où il faut. C’est vrai qu’A. avait dit un jour : « Jamais seules, jamais en rase campagne. » Mais il pensait au Kurdistan et aux soldats turcs, non aux dragueurs arabes.
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